L’Émission #8/22 mai 2019

Bienvenue ! Au sommaire cette semaine: les films belges de ce premier quadrimestre 2019 dont je ne vous ai pas parlé puisque 6néma n’était pas encore en podcast à ce moment-là. Il s’agit de « Continuer », « Coureur », « Seule à mon mariage », « Fatwa », « Escapada » et « Royal Corgi ».

Dans « Continuer », Joachim Lafosse plante le décor de son dernier film dans les grands espaces et nous offre un véritable huis clos à ciel ouvert. Un horse movie magnifié à chaque moment par la grâce de ces deux cavaliers exilés filmés en plan large. Terre aride et desséchée par le soleil, cet immense espace prend alors des airs de Grand Ouest américain et l’on se laisse volontiers happer par la sobriété de la réalisation à la faveur de ces magnifiques paysages. C’est beau et le dépouillement est total puisque seuls quelques dialogues viennent briser le silence. Joachim Lafosse fait de ces éléments un personnage à part entière du film.
En plus des paysages, il y a deux acteurs principaux: Virginie Efira, la mère,  et Kacey Mottet Klein, le fils, tous deux  livrent des prestations impeccables, ils maintiennent sur leurs épaules toute l’intensité du film. . En neuf ans comme critique cinéma, c’est le quatrième film de Joachim Lafosse que je vois. A chaque film, je remarque une progression. Le réalisateur continue toujours son exploration des relations familiales mais je le sens plus apaisé. Son cinéma n’en reste pas moins radical, toujours ancré dans le réel.
Kenneth Mercken est un ancien coureur cycliste semi-pro et logiquement, s’appuie sur son expérience personnelle pour réaliser son premier long métrage, il en est aussi le scénariste. Dans le film, on ne voit pas de belles choses, on a le côté sombre du cyclisme: le dopage, les arrangements, … Ce qui rend Coureur attrayant, c’est qu’on explore de l’intérieur la vie d’un jeune coureur décidé à se faire une place au soleil. En fait, nous sommes dans la comédie humaine. Amour, haine, trahisons, réconciliations.
Ce que j’ai aimé, c’est que l’on s’attache au personnage principal Félix essayant de démontrer à son père qu’il peut faire mieux que lui, qu’il peut le dépasser. Malheureusement, il n’en a pas les moyens physiques. C’est ce combat que l’on suit au travers d’une préparation dans tous les sens du mot en Italie.
Kenneth Mercken s’est aussi attaché à réaliser un vrai film de cinéma. Il y a de la recherche esthétique, les scènes de course sont vraiment belles, et en plus, on a l’impression d’être dedans.
Si je devais ne retenir qu’une chose de « Coureur », c’est la sincérité.

« Seule à mon mariage » est le premier long métrage de fiction de Marta Bergman, plus habituée aux documentaires. La réalisatrice nous propose un beau portrait de femme, une Rom essayant d’échapper à un destin tout tracé. Elle va, pour cela, partir de Roumanie et venir en Belgique. Pourquoi la Belgique ? Parce qu’elle s’est inscrite dans une agence matrimoniale et que, par l’intermédiaire de cette agence et de Skype, elle va rencontrer un Belge. Elle débarque donc chez lui et va tenter de se faire une place dans son coeur, toutefois, c’est compliqué parce qu’elle parle à peine le français, qu’elle a la nostalgie, non pas de son pays, mais de sa fille qu’elle a laissé aux bons soins de sa mère.
La comédienne roumaine Alina Serban est la figure principale, celle de Pamela. C’est son premier rôle au cinéma et elle assure de belle manière, comme on dit, elle a du chien. Dans le rôle du Belge Bruno, il y a Tom Vermeir, il joue un homme coincé dans ses certitudes et bousculé par l’aplomb de Pamela.

« Fatwa », coproduit par les frères Dardenne, porte l’empreinte du cinéma des cinéastes belges. Comme dans la plupart de leurs films, le film s’articule autour d’un personnage central soulignant les problèmes de la société dont il provient. Le protagoniste principal, Brahim, est convaincu que son fils n’est pas mort accidentellement et se mue en détective, mais un détective demeurant résolument placide. Sa docilité et son incapacité à communiquer ses propres croyances contrastent fortement avec les gens qui l’entourent, car le propos de Fatwa est justement que les voix libérales du monde musulman devraient se faire davantage entendre sans quoi les nombreuses avancées accomplies pendant la révolution de jasmin en Tunisie auront été vaines.

« Royal Corgi » est un film d’animation réalisé par Ben Stassen et Vincent Kesteloot, il prend comme base l’amour que porte la Reine Elisabeth 2 aux chiens corgis, elle en a 30 au fil de son long règne. Certains trouveront ce film un peu simpliste mais moi, je me suis laissé emporter par cette histoire de corgi tentant de reconquérir l’amour de sa maîtresse. C’est bien foutu, les voix sont bien choisies, en fait, on passe un très bon moment.
Rappelons tout de même que Ben Stassen est un cas à part dans le cinéma belge, il a son propre studio d’animation : nWave et ne demande aucune aide pour ses films.

J’avais apprécié « En attendant le dégel », le dernier court métrage de Sarah Hirtt, j’attendais donc une confirmation avec son premier long: « Escapada ». Eh bien, ce fut une grosse déception, je suis parti au bout de 40 minutes tellement le film m’ennuyait.

A la prochaine !