L’Émission #17/8 octobre 2019

Bienvenue ! Au sommaire: « Joker » de Todd Philips, Lion d’Or à Venise, « Le portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma, Prix du scénario à Cannes, et « Alice et le maire » de Nicolas Pariser.

Comme me l’a dit une connaissance après avoir vu « Joker », c’est un bon film mais je n’ai aucune envie de le revoir. C’est un sentiment que je partage. Ce n’est sans doute pas pour les mêmes raisons que la personne susnommée.
A certains moments, j’ai eu un sentiment de malaise.
La noirceur du personnage ou sa folie ? Un mélange des deux. Pourtant, un personnage noir ou fou au cinéma, j’en ai déjà vu mais là, c’est un sommet. Sans doute la remarquable interprétation de Joaquin Phoenix, un grand spécialiste des rôles habités, m’a instillé ce sentiment. Vous lui demanderiez de jouer une table, il en serait capable.
Il y a aussi cette musique soulignant trop les moments où l’on doit avoir peur, où l’on doit frémir. A tel point que je ne saurai dire s’il est bonne ou mauvaise. Pour moi, la musique de film doit accompagner, non pas insister sur la scène que l’on voit.
En fait, je n’ai pas envie de parler plus de Joker, j’ai vu le film, je peux donc en discuter si quelqu’un me demande mon avis mais pas plus.

À la fin du dix-huitième siècle, Marianne, jouée par Noémie Merlant, exerce la profession de peintre. Un tableau lui rappelle des souvenirs. Quelques années plus tôt, une comtesse, la trop rare Valeria Golino, l’a fait venir sur une île bretonnes. La mission de Marianne : faire le portrait de la fille de la comtesse, Héloïse, jouée par Adèle Haenel, pour l’envoyer à un riche Milanais qui envisage d’épouser la jeune fille. Mais Héloïse refuse de se laisser peindre. « Portrait de la jeune fille en feu » a été sélectionné à Cannes, il a raté de justesse la Palme, se voyant attribuer un Prix du scénario sonnant comme un lot de consolation. Céline Sciamma est à la barre de ce film.
J’avoue, je me méfiais, la bande-annonce ne donnait pas envie. A la fin du film, j’étais très content de l’avoir vu.
Tout dans « Portrait de la jeune fille en feu » est intelligent et de sensible. Cette histoire d’amour entre deux femmes est un beau récit initiatique, une éducation sentimentale et sensuelle, qui reposent d’abord sur le trouble et le désir, à la fois subtil et intense, puis sur l’expression d’une passion amoureuse. Il est aussi question de solidarité féminine, via le personnage de la jeune servante, et plus largement de la condition féminine au 18ème siècle, dans la campagne, dans la sphère artistique. Céline Sciamma réussit donc un tableau à la fois intime et social.

« Alice et le maire » de Nicolas Pariser est un très bon film, bien écrit, observant, au-delà du maire de la troisième commune de France, l’affaissement de la vie politique, l’emprise de la communication et de ses gourous chargés de remplir le vide des idées, l’abandon depuis les années 80 des idées de gauche.
Le maire de Lyon, Paul Théraneau, est interprété par Fabrice Luchini, toujours aussi bon. Il fait de cet homme politique un être de chair et de sang, en proie au doute, comprenant qu’il va droit dans le mur si il n’a plus d’idées. Et pour faire face à la panne sèche, il engage Alice Heimann, une Normalienne revenant de l’étranger. Le rôle est joué par Anaïs Demoustier, celle-ci livre une belle prestation empreinte de douceur et d’intelligence. En 2012, elle avait déjà joué dans un film politique : Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier. Le personnage d’Alice est très intéressant puisque c’est celui faisant comprendre au maire qu’il est un Roi Nu et qu’il est temps de revenir sur terre.
J’ai également apprécié, dans un petit rôle, Nora Hamzawi. Elle prouve, après « Doubles vies » d’Olivier Assayas, que son avenir est dans le cinéma.
Ne croyez pas que ce film ne concerne que la France, on pourrait faire le même constat dans tous les pays du monde, la politique est en panne d’idées. Elle ne se préoccupe que de politique politicienne au détriment des gens.

A la prochaine !